Les tourbières

Elles sont rares sur le Grand Site Cap d’Erquy – Cap Fréhel mais leur rôle dans l’écosystème et la biodiversité est capital. La tourbe a longtemps été utilisée, traditionnellement, pour faire du combustible ou du terreau. Mais son exploitation industrielle et intensive a fait des ravages : en France, la moitié des tourbières ont disparu depuis la seconde guerre mondiale.

Une tourbière, comment ça marche ?

Grand Site Cap d’Erquy Cap Fréhel - Tourbière du cap Fréhel
Tourbière du cap Fréhel

Les tourbières sont des zones humides où l’eau est présente toute l’année grâce à un sous-sol rocheux et imperméable, au cap Fréhel et cap d’Erquy il s’agit du grès rose. La présence d’eau stagnante appauvrit le milieu en oxygène. Ce phénomène, associé à une forte acidité et à une pauvreté en éléments nutritifs (milieu oligotrophe), rend difficile le développement des micro-organismes responsables de la décomposition de la matière organique. Cette acidité est d’autant plus accentuée par une plante, la sphaigne, qui capte les ions calcium. Dans ces conditions, la dégradation de la matière organique y est très lente, formant un dépôt composé de débris végétaux : la tourbe.

Une faune et une flore hors du commun …

Grand Site Cap d’Erquy Cap Fréhel - Deux plantes carnivores de tourbière.
Deux plantes carnivores de tourbière.

Les tourbières sont des milieux extrêmes : amplitude thermique importante, humidité, acidité, pauvreté en nutriments et rareté de l’oxygène. Pour survivre à ce milieu, la faune et la flore s’adaptent et forment des espèces rares, qui n’existent que dans cet écosystème si particulier.

Dans les tourbières du Grand Site Cap d’Erquy – Cap Fréhel, on trouve des sphaignes, une mousse se comportant comme une éponge dont la partie inférieure se transforme en tourbe. Mais aussi des plantes carnivores, comme le drosera oula grassette du Portugal, qui ont trouvé une parade au manque d’azote en se nourrissant d’insectes.

La faune n’est pas épargnée par ces conditions de vie difficiles, il y a peu d’espèces mais elles ont une grande valeur patrimoniale. On peut citer : l’Azuré des mouillères, dans les landes humides tourbeuses, ce papillon rare qui a besoin à la fois d’une plante, la gentiane pneumonanthe, et d’une fourmi pour se reproduire et se développer.

Mais à côté de ces espèces rares, on découvre une faune plus classique associée à ces zones humides. C’est le cas du lézard vivipare. Comme son nom l'indique, les femelles mettent au monde des jeunes entièrement formés, elles sont en fait ovovivipares (= les œufs incubent et éclosent dans le ventre de la femelle). Cette biologie de la reproduction est spécialement adaptée pour vivre dans des milieux difficiles.

 

Pourquoi les protéger ?

Les tourbières ont un rôle important dans le cycle de l’eau. Tout d’abord, elles agissent comme des éponges : l’hiver, elles retiennent l’eau, limitant ainsi les inondations ; l’été, elles redistribuent progressivement l’eau dans les nappes phréatiques, atténuant les sécheresses. Elles agissent comme un filtre, préservant, en partie, la qualité de l’eau.

Elles accueillent des espèces et groupements végétaux uniques, hautement spécialisés, du fait de leurs facteurs écologiques très contraignants. Ainsi, les tourbières abritent de nombreuses espèces présentant un statut de protection régionale, nationale voire européenne. Plusieurs de ces espèces se sont implantées dans notre région lors des périodes glaciaires et ont réussi à se maintenir dans les tourbières où la température y est plus froide du fait d’un phénomène physique d’évaporation de l’eau au niveau des sphaignes (plus de 100 jours de gel par an).

Parmi toutes leurs qualités, on oublie parfois la valeur historique des tourbières. Milieu réducteur, les tourbières conservent en elles tout ce qui tombe de manière « fossilisée ». Ce sont de véritables trésors aux yeux des scientifiques. Les paléopalynologues y trouvent de quoi reconstituer l’histoire de la végétation à partir des pollens et spores ; et par déduction l’histoire de l’homme aux alentours. Les dendrochronologues y trouveront eux de quoi reconstituer l’histoire du climat local à partir des cernes de croissance des arbres enfouis dans la tourbe. Enfin, les archéologues y trouveront aussi leur bonheur car beaucoup de rites s’accomplissaient dans ou aux abords de ces milieux (sacrifices, rites funèbres…). Il a ainsi été retrouvé des corps fossilisés de plusieurs milliers d’années. En Bretagne la plupart des tourbières conservent ainsi de 6 à 15000 années d’histoire.

Grand Site Cap d’Erquy Cap Fréhel - Corps de l’homme de Tollund Fen découvert dans une tourbière Danoise, 2000 ans environ.
Corps de l’homme de Tollund Fen découvert dans une tourbière Danoise, daté du IV ème siècle avant notre ère.

Milieux en danger …

Grand Site Cap d’Erquy Cap Fréhel - Pâturage sur tourbière
Pâturage sur tourbière

Victimes de leur exploitation intensive et de leur mauvaise réputation, les tourbières sont aujourd’hui de plus en plus rares. En effet, les remblaiements pour l’agriculture ou la construction de route, les détournements de cours d’eau, les barrages, les décharges, … les font disparaître.

Les activités humaines ne sont pas la seule cause de leur disparition, les tourbières ont tendance à s’assécher naturellement. Sans entretien, les végétaux se développent et les tourbières évoluent spontanément vers une fermeture du milieu entrainant la disparition des espèces animales et végétales caractéristiques.

Depuis quelques années, l’Homme a pris conscience de l’intérêt patrimonial des tourbières. Elles sont de plus en plus protégées et suivies. Pour préserver ce patrimoine, il est nécessaire de limiter la fermeture du milieu. Il existe plusieurs techniques. L’une d’elles consiste à faire revenir des activités traditionnelles comme le pâturage extensif qui limite la pousse excessive des végétaux.

Côté imaginaire !

Les marais et tourbières sont la source de toutes sortes de légendes en rapport avec le diable, on prétend qu’ils abritent les portes de l’enfer… Ils furent d’ailleurs reconnus de nature diabolique par l’Eglise.

Parmi les légendes, on ne compte plus le nombre de victimes englouties dans les tourbières, ni même les villes entières disparues mystérieusement, remplacées par des marais lugubres. Les poulpikans les peuplent, ces cousins des korrigans sont très voraces. On raconte que si l’on se penche au-dessus d’un marécage au crépuscule, on se fait happer par ces cruelles créatures …

Un lieu-dit dans les Monts d’Arrée sur la commune de Braspart se nomme les portes de l’enfer. Ce lieu culmine au dessus d’une cuvette autrefois vaste marécage. Tout un légendaire y est associé notamment le rite du chien noir : On croyait autrefois qu’une personne décédée de mort violente avait son esprit condamné à hanter les lieux. Alors, pour se débarrasser de ces voisins inopinés, on faisait appel à un exorciste. Un chien noir était confié à un simple d’esprit avec pour mission de faire le tour des environs. Le simple devait dans chaque village traversé, tourner autour de l’église en tenant fermement en laisse le chien noir. Les esprits tourmentés prenaient alors possession du corps du chien. Une fois le rite accompli, l’exorciste récupérait l’animal en furie et allait le noyer dans un abîme marécageux en prononçant des sombres incantations.

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