Les fonds de vallées

La richesse des fonds de vallée est une des faces cachées du territoire. En effet sa façade maritime marque les esprits, mais de manière beaucoup plus discrète, un autre paysage remarquable s’offre à nous. On s’en imprègne au gré de randonnées, le long de l’Islet, de la Flora ou encore du Frémur. Nombre d’espèces remarquables les exploitent et y vivent. Elles se fondent dans le paysage, pour ne se livrer qu’à un œil averti.

Qu’est-ce qu’un fond de vallée …

Grand Site Cap d’Erquy-Cap Fréhel, Fond de vallée de l'Islet
Fond de vallée de l'Islet

 

Cette appellation générique de « fond de vallée » est en fait une association d’habitats. Elle regroupe les cours d’eau, berges et ripisylves (boisement longitudinal des rives) mais aussi, les prairies humides, boisements et arpents rocheux.

 Plutôt que de décrire un à un chacun de ces milieux, il est beaucoup plus intéressant de les considérer de manière globalisée, tant les milieux et espèces présentes sont interdépendantes. On entendra donc ici par « fond de vallée », les cuvettes au fond desquelles serpente un cours d’eau.

Une utilité insoupçonnée …

Le rôle premier des fonds de vallée est de permettre l’écoulement des eaux. Mais, cette trame verte répond également aux besoins fondamentaux des êtres vivants : se déplacer (pour les animaux très mobiles) ou se propager (pour les plantes ou les animaux peu mobiles), de façon à pouvoir se nourrir ou se reproduire. Ainsi un « va et vient » incessant d’espèces parcourt les fonds de vallée. Ces axes privilégiés de déplacement des espèces à travers le paysage sont nommés « corridors écologiques ».

 Pour la faune aquatique, les cours d’eau peuvent se comparer à un tapis roulant. Les courants de l’eau tendent à pousser la faune vers l’aval, aussi les espèces se sont adaptées et, leur forme adulte remonte systématiquement vers l’amont pour se reproduire.

Grand Site Cap d’Erquy Cap Fréhel - Vallée de l'Islet
Vallée de l'Islet

Laissez votre vue et votre odorat vous guider …

Inutile d’espérer voir une Loutre, elle est probablement l’espèce la plus fantomatique de la vallée. Espèce emblématique de ces milieux, elle a été au bord de l’extinction en France. Dans 60 départements français, elle avait totalement disparu. Seuls certains noyaux de population perduraient sur la façade atlantique et dans le Massif Central. En 1972, sa chasse est interdite. Puis en 1981, elle est protégée nationalement. Depuis, ses populations se restaurent doucement et, elle fait, aujourd’hui, de nouveau partie de notre faune locale.

Le meilleur moyen de déceler sa présence est de faire appel à votre vue et à votre flair. Lorsqu’elle est en phase de recolonisation, elle marque peu son territoire, aussi pour l’instant l’observation est votre meilleur alliée pour remarquer sa présence. L’empreinte caractéristique est composée de cinq pelotes (doigts) disposés en étoile sur le sol, comme si aucune des pelotes n’était d’accord sur la direction à prendre… Avec de la chance, vous pourrez en observer, au niveau de petits bancs de sable ou de vase bordant la rivière.

 Mais bientôt, les effectifs se restaurant, la loutre marquera de nouveau son territoire en déposant ici et là en des lieux proéminents des épreintes (crottes) et traces d’urine. Votre attention devra donc se porter préférentiellement sur les rochers au milieu de la rivière pour y repérer des mousses grillées par l’urine déposée, et cerise sur le gâteau, une épreinte. L’épreinte, crotte garnie d’écailles et d'arêtes de poisson vous signalisera que vous êtes probablement sur la bonne piste, mais seule son odeur vous le confirmera. Une épreinte a en effet une odeur douçâtre et non nauséabonde à la différence des autres mustélidés comme le vison.

Testez votre audition …

Grand Site Cap d’Erquy Cap Fréhel - Murin de Daubenton
Murin de Daubenton

Au bord de l’eau et à la nuit tombante, peut-être entendrez vous certains cris de chauves-souris ! Sur notre territoire deux espèces sont bien représentées en fond de vallée.

 Le Murin de Daubenton, en chasse, a la particularité de griffer la surface de l’eau pour tenter d’y capturer un insecte posé, voire exceptionnellement un alevin trop proche de la surface. Cette technique de chasse au chalut lui est spécifique, aussi dès que vous verrez ce comportement au bord d’une mare ou d’un étang, vous saurez le reconnaître.

 Mais le joyau chiroptérologique des fonds de vallée de notre territoire est sans conteste le Petit rhinolophe. Caché la journée dans les combles de granges, celui-ci vient virevolter, dans les boisements et petites prairies pâturées bordées d’arbres, à la nuit tombée. Malheureusement l’espèce est indécelable sans matériel spécialisé.

 Surtout ne relisez pas l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert, vous auriez peur de sortir la nuit… Entre les préjugés et la réalité, il y a un monde !

Extrait :

« Les chauves-souris habitent dans des lieux obscurs et souterrains, des cavernes, des trous, etc. où elles restent cachées pendant le jour et pendant tout l’hiver : elles en sortent lorsque la saison est bonne, au point du jour et à l’entrée de la nuit ; elles cherchent des mouches, des cousins, et d’autres insectes dont elles se nourrissent ; elles aiment beaucoup le lard, le suif, et toutes les graisses. On dit que les grosses chauves-souris de l’Amérique enlèvent des poules, tuent des chiens et des chats ; qu’elles attaquent les hommes en se jetant au visage, et qu’elles emportent quelquefois le nez ou l’oreille ; enfin on prétend qu’il y en a qui sont assez fortes et assez féroces pour tuer des hommes. »

Mettez votre toucher à l’épreuve …

Grand Site Cap d’Erquy Cap Fréhel - Fragon ou petit houx
Fragon ou petit houx

 Une plante rappelant le houx mettra votre toucher à l’épreuve…Surnommé le Faux houx, son nom en Gallo est hagun ou hayen selon les prononciations. Sa petite forme buissonnante, ses épines et baies rouges rappellent, en effet, un peu le houx mais la comparaison s’arrête là. Plus surprenant encore, le Fragon est un arbuste sans feuille. Les similis de feuilles observables sont en fait, les rameaux secondaires appelés Cladodes.

Sa présence dans les terres est souvent le signe de la nature boisée ancienne du lieu mais il se rencontre aussi en bordure littorale sur les falaises maritimes. Cette bio-indication est particulièrement utile et signale des milieux boisés d’intérêt. En effet, on considère qu’un boisement ancien abrite sa biodiversité originelle. Ainsi, les boisements de ravin de l’Islet par exemple, sont considérés d’intérêt Européen dans le cadre de Natura 2000.

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